Tecmas renonce au Bol d’Or 2022

SVA_EWC22_20220415_102619-2_2048px.jpg
SVA_EWC22_20220416_214022_2048px.jpg
SVA_EWC22_20220416_204825_2048px.jpg

'

L’écurie berruyère Tecmas a décidé de ne pas participer à l’édition 2022 du Bol d’Or pour des raisons financières mais aussi, et surtout, pour mieux préparer la Coupe du Monde 2023 en Superstock.

Ceux qui avaient réservé quelques jours sur leurs vacances pour aller soutenir l’écurie berruyère les 17 et 18 septembre au Bol d‘Or, l’épreuve reine du championnat du monde d’endurance, sur le circuit Paul-Ricard au Castellet (Var) vont être déçus. Mais pas plus que Arnaud Sassone, le nouveau boss de Tecmas, et Michel Augizeau, le team manager, eux aussi grands inconditionnels de l’Endurance. « On n’avait pas vraiment d’autre choix que de renoncer à l’édition 2022 » affirment-ils en cœur. « Une participation au Bol d’Or, dans le contexte économique actuel, c’était prendre le risque de remettre en cause la pérennité de l’entreprise. Il ne faut pas non plus oublier que l’objectif premier, c’est le championnat de France de Superbike où Kenny Foray occupe actuellement la deuxième place à 19 points du leader. Tous nos efforts, en cette fin de saison, sont concentrés sur cet objectif. Il reste deux courses à disputer, le 25 septembre… au Castellet et mathématiquement, rien n’est fait pour le titre. Même si on est tous bien conscients qu’une double victoire de Kenny au Paul-Ricard ne serait pas forcément suffisante pour décrocher le titre » insiste Arnaud Sassone.

Le choix de la raison

Le boss de Tecmas est tout aussi conscient que Tecmas a besoin de l’Endurance pour évoluer. Question d’image, de réseaux, « mais pas à n’importe quel prix. Une participation au Bol, c’est grosso-modo 60.000 euros » abonde Arnaud Sassone. « Quand Tecmas était officiel BMW, en 2017, c’était plus facile » poursuit Michel Augizeau. « Mais depuis, en tant que team privé, on paye tout : le moteur, les pneus, les pilotes. Heureusement, nos partenaires nous ont toujours suivis, ce qui nous a permis de continuer et de prouver notre potentiel dans la catégorie reine, l’EWC, tant aux 24 Heures du Mans qu’au Bol d’Or, les deux épreuves les plus prestigieuses du calendrier. On a même fait le voyage en Malaisie où, lors des 12 Heures de Sepang, sous le déluge, on a un temps occupé la première place au scratch, mais on a eu trop de choses contre nous ces dernières années. Beaucoup de casses au niveau des moteurs, des chutes, des sorties de pistes anormales (Michel Augizeau se refuse à désigner quiconque…). Il y a eu aussi des annulations à cause de la Covid et d’autres courses auxquelles nous avons refusé de participer en raison de huis-clos nous empêchant de faire des opérations commerciales avec nos partenaires. Autant de choses qui nous obligent à prendre un peu de recul aujourd’hui ; nous n’avons plus les moyens de poursuivre à ce niveau, tout simplement » ajoute le team manager de Tecmas. Et Arnaud Sassone d‘en remettre une couche. « On continue aussi à essuyer les plâtres de notre dernière sortie aux 24 Heures du Mans où il y a eu beaucoup de chutes et beaucoup de casse, avec notamment une moto détruite. On a pris le temps de réfléchir à tout ça et d’en tirer les conclusions. In fine, on n’a pas fait le choix du cœur mais celui de la raison : tirer un trait sur le Bol d’Or 2022 pour mieux partir sur un vrai projet 2023.  Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls puisque cette édition du Bol 2022 n’a attiré que 43 motos contre une soixantaine habituellement. J’ajoute aussi que ces derniers mois, Tecmas a beaucoup investi dans son déménagement, l’organisation de ses nouveaux locaux et la modernisation de son atelier. Il faut aussi commencer à rembourser le PGE (prêt garanti par l’Etat) qui nous a permis de tenir le choc lors des années Covid. Ce sont des charges supplémentaires.  Mais nous ne renonçons pas pour autant à l’Endurance. Car dès 2023, nous participerons à la Coupe du Monde en Superstock, toujours en tant que team privé, avec des grandes ambitions »

Le Superstock moins onéreux

Si on veut faire une comparaison, le Superstock est à la moto ce que la catégorie LMP2 est à l’auto en Endurance. Le LMP2 où l’écurie berruyère Signatech de Philippe Sinault a écrit les plus belles pages de son histoire avec Alpine avec trois victoires aux 24 Heures du Mans et deux sacres mondiaux en FIA-WEC. Le Superstock peut, doit, être l’occasion pour Tecmas de se refaire une santé, de se ressourcer, avant de retrouver, dans quelques années, le plus haut niveau, l’EWC avec, pourquoi pas, un label de team officiel. « Le calendrier n’est pas encore connu mais les 24 Heures du Mans, le Bol d’Or et les 24 Heures de Spa seront sûr au programme avec une ou deux autres épreuves plus courtes » se réjouissent Arnaud Sassone et Michel Augizeau avant d’énoncer les avantages d’un engagement en Superstock où le peloton est généralement plus étoffé qu’en catégorie EWC : « C’est d’abord une question de coût. Remonter une moto complète version EWC, avec les modifications à apporter pour le démontage rapide des roues, sur le train avant, la fourche, la préparation de la moto entre autres, c’est un gros investissement. Là, et même si on passe plus de temps au stand pour changer les gommes, on économise aussi sur les pneumatiques et on gagne aussi souvent en fiabilité… Par ailleurs, en Stock, les pilotes sont moins chers, parfois même gratuits. Une structure comme Tecmas, qui aura des ambitions légitimes de Top 5 voire de podium, a tous les atouts pour attirer de très bons jeunes pilotes qui brillent déjà en Superbike (on pense à Renaudin, leader du classement Challenger, à Maximilien Bau et Maxime Bonnot qui connaissent bien la BMW) et qui auraient envie de se lancer en Endurance. D’autant plus que là, on parle d’une Coupe du Monde, pas seulement de deux épreuves de 24 heures dans l’année, ce qui, comme pour les partenaires, est une motivation supplémentaire… »

Autre avantage, qui n’est pas le moindre, la BMW utilisée en Stock aurait la même configuration que la moto utilisée toute l’année par Kenny Foray en Superbike et que l’équipe connaît parfaitement « même si, d’une année à l’autre, il peut y avoir quelques évolutions, que ce soit sur la S1000 ou la M1000. On en saura plus dans quelques semaines » ajoute Arnaud Sassone.

Christian ragot

Texte : Christian Ragot
Photos : Stéphane Valembois