Pas de bol pour Tecmas...

« Là, on a eu la totale ! » pestait un mécano  après l’abandon de la BMW n°88, à 7 heures du matin, moteur cassé. Venant après la chute de Louis Rossi lors du tour de… chauffe, l’écurie berruyère Tecmas-BMW a quitté le cette 80e  édition du Bol d’Or sur le circuit Paul-Ricard au Castellet, par la petite porte.

La semaine avait pourtant bien commencé avec une belle 16e  place sur la grille de départ. Et des chronos intéressants pour les pilotes, notamment le 6e  meilleur temps (sur 168 engagés) pour Louis Rossi et des chronos en progrès par rapport à l’édition 2015 pour Camille Hédelin et Dominique Platet. L’équipe de la BMW S1000 RR n°88 confirmait encore son potentiel lors du warm-up (7e chrono). Aussi, c’est avec l’espoir (secret ?) d’accrocher le Top 10 que Michel Augizeau avait envoyé  Louis Rossi en piste.  

Et avant même le départ officiel de la course, Tecmas créait l’évènement. Dans le deuxième tour de chauffe, Louis Rossi chutait lourdement dans le gauche serré faisant suite au double droit du Beausset. Dans la cabriole, la moto retombait sur le pilote qui, sous le choc, perdait connaissance pendant une vingtaine de secondes. Pris en charge par le service médical du circuit, il était ensuite héliporté vers l’hôpital Sainte-Anne à Toulon pour passer un scanner. Pour lui, la course était  terminée avant même d’avoir commencé…

Imaginez la déception au sein de l’équipe berruyère. Camille Hédelin fut le premier à réagir pour motiver les troupes. « Ohé les gars, on est là pour courir non ?… ». Impossible toutefois de repartir avec le mulet, non doté du transpondeur. Il fallut donc attendre (très –trop-  longtemps) le retour au stand de la moto accidentée. Là,  une sacrée partie de manivelles s’engagea sous la direction de Romain La Monica et de Guillaume Poitevin. En un temps record, l’équipe refit le carénage, changea en partie le pot d’échappement, la platine arrière droite avec le maître-cylindre de frein, et les roues tordues sous le choc. Camille Hédelin repartait en 53e  position avec douze tours de retard sur le leader. On se disait alors que pour Dominique et Camille, pourtant bien décidés à tenir le plus longtemps possible, la course allait être un véritable calvaire. Lorsque… Louis Rossi déboulait sur le circuit, les radios de son scanner en mains. « Pas question de vous lâcher ! Je veux repartir… » clame- t-il. Mais le médecin  s’y opposait formellement, conformément au règlement de la FIM et du protocole de sécurité à appliquer en cas de perte de connaissance. La course continuerait donc sans Rossi,  déçu et frustré.  

Rossi : « Surtout déçu pour l’équipe »

« Le scanner n’a rien décelé. C’est vrai, j’avais très envie d’aider l’équipe mais c’est plus raisonnable comme ça » reconnait le Sarthois, endolori de partout et prostré au fond du box. « Je suis encore un peu sonné. Physiquement et plus encore moralement. C’est la pire chose qui pouvait m’arriver, surtout après mes chutes aux 24 Heures du Mans avec le GMT94. C’est d’autant frustrant que tout au long de la semaine, l’équipe avait régulièrement progressé, au point de faire souvent jeu égal avec les équipes officielles. La moto était parfaite, les chronos très bons… Et là, dans le gauche serré, après le double droit du Beausset, je perds la moto. Des pneus trop froids… La cabriole et puis le néant.. » raconte Louis, au bord des larmes. « Je suis surtout déçu pour l’équipe et Michel Augizeau qui m’avaient fait confiance après Le Mans. Je voulais leur prouver qu’ils avaient eu raison ; que je peux faire quelque chose de bien endurance. Mais pour cela, j’avais besoin d’un peu de chance ; ça n’a pas été le cas.  Je suis tellement passionné par ce sport que je veux toujours être le meilleur. Je me donne à 200%. Et parfois, cela m’entraîne à prendre un peu plus de risques… Là, j’ai eu un problème avec la température des pneumatiques. Sur les virages à droite, nombreux, les pneus montaient régulièrement en température ; à gauche non…  C’est pourquoi sur le premier gauche serré, j’ai été surpris. J’étais le leader désigné de l’équipe et je sais que cette nouvelle chute va faire parler dans le milieu. Mais il faut garder la tête haute, se serrer les coudes tous ensemble pour mieux rebondir… »

« Impensable d’abandonner… »

Sans son pilote leader, Tecmas n’avait plus grand-chose à espérer au niveau du classement. Mais, et c’est tout à son honneur, l’équipe refusa de baisser les bras.  36e  à 21 heures sans trop savoir si physiquement, avec des relais toutes les cinquante minutes en moyenne, ils allaient pouvoir tenir le choc, Camille Hédelin et Dominique Platet se montrèrent tout simplement héroïques. « Il était impensable pour nous d’abandonner. On n’avait pas le droit de faire ça à l’équipe qui s’était tellement investie jusque-là » explique Dominique Platet, le commanditaire de Tecmas qui, à 57 ans, s’est (et a) surpris par son niveau de performance alors que Camille Hédelin alignait des chronos dignes des pilotes officiels. 

A la mi-course, quinze abandons (sur 56 motos au départ) avaient été enregistrés et la n°88 de Tecmas pointait au 30e rang. Trois heures plus tard, elle était 24e, puis 22e lorsqu’une casse moteur (bielle), à 6h53, la stoppa dans son élan.  La poisse ! Admirables jusque-là, Platet et Hédelin ne méritaient pas ça.

Abandon sur casse moteur

« C’est la première fois que nous sommes victimes d’une casse moteur avec BMW. Jusque-là, nous avions toujours été à l’arrivée en endurance, sauf une fois à Barcelone où nous avions abandonné sur chute. C’est vraiment pas de… bol ! » maugrée Michel Augizeau. « A cet instant, nous étions à deux places de marquer les points au championnat du monde… Je suis très déçu pour les pilotes, pour Dominique surtout qui, dans la douleur et la souffrance, a su se surpasser. Sans cette casse moteur, Ils seraient allés  au bout. Chapeau !  La chute de Rossi ? J’en prends une part de responsabilités. Peut-être n’aurais-je pas dû l’exposer autant, ne pas lui faire prendre le départ. Louis n’a pas non plus fait le meilleur choix  pour son pneu arrière, dans son désir d’être performant dès le départ. J’aurais dû l’en empêcher… Mais il est difficile d’imposer un choix de pneumatiques à un pilote professionnel. On savait pourtant lui comme moi, ainsi que le technicien de Pirelli que sur ce circuit, les pneumatiques accusaient un déficit de température sur les virages à gauche. Mais c’est lui qui est sur la moto et qui a le ressenti. Il a fait le choix d’un pilote qui veut faire la course en tête. S’il prend le départ, je suis sûr qu’il peut être 5e ou 6e à la fin de son relais. Mais avec des si…  »

Cette chute va-t-elle remettre en cause une collaboration future avec Rossi auquel Michel Augizeau avait expressément demandé d’éviter la chute pour avoir les plus grandes chances de rallier l’arrivée ? « Absolument pas. Il ne faut pas voir les choses comme ça » explique le boss. « Au contraire,  je vais me faire le plaisir de le relancer, aussi bien terme d’image qu’en tant que pilote d’endurance. L’endurance aujourd’hui exige d’avoir des pilotes très rapides, et c’est le cas de Louis, et endurants. On va y arriver ! » conclut Michel Augizeau avant de mettre le cap sur Albi pour la dernière manche du championnat de France de Superbike. Avec Kenny Foray au guidon de la BMW de Tecmas. Foray qui a abandonné très tôt au Bol d’Or avec la BMW officielle du Penz13, moteur cassé !  

Dominique Platet veut revenir

Michel Augizeau l’a dit, Dominique Platet l’a étonné. « Dans la souffrance et la douleur, il a su mieux se situer et faire le job à son niveau. Physiquement, il a tenu. A 57 ans ; chapeau ! Lors de cette aventure, commencée ensemble il y a maintenant trois ans, Dominique a franchi un palier, sans doute très important pour lui ! ».

Voilà pour les compliments du boss. Mais il en aurait fallu avantage pour gommer la déception du pilote commanditaire de Tecmas : « Je suis surtout déçu de n’avoir pu terminer la course. On ne voulait rien lâcher mais pour la première fois, la mécanique en a décidé autrement… Mais c’est le genre de course qui nous encourage à revenir. De toute façon, il ne faut jamais rester sur un échec… ». Parole de business man ! Et Dominique d’enchaîner : « Nous avons été trahis par le matériel. Maintenant, on va analyser les raisons de cette casse mécanique et trouver les solutions pour résoudre le problème. Mais ce fut une très belle expérience. Après la chute de Louis (Rossi) et son transfert à l’hôpital, tenir 24 heures à deux pilotes me semblait inimaginable. Et finalement, ce fut une expérience grisante. Dans ces conditions, on ne réfléchit pas à la douleur ni à la fatigue. La seule motivation est de continuer, pour l’équipe, pour les mécanos qui sont là, eux aussi, pour 24 heures et qui nous poussent pour aller au bout. Pour tout cela, nous n’avions pas le droit de lâcher. Et là, on se découvre des ressources insoupçonnées, du moins en ce qui me concerne. »

Pour tenir, Dominique a su s’adapter et ménager sa monture : « Avec des relais toutes les cinquante minutes, les temps de repos sont plus que limités. Il faut donc piloter autrement, plus à l’économie, être plus coulé. Et finalement, quand on analyse les chronos, on s’aperçoit que la perte de temps est minime. La clé de tout ça, c’est le travail effectué par nos deux ostéo-kinés, Julien et Laurent. C’est fondamental. Quand on descend de moto, on est comme tétanisé. Passer entre leurs mains, ça permet de retrouver une certaine fraîcheur physique. Durant nos cinquante minutes de repos, on a ainsi bien le temps de s’alimenter, essentiellement des pâtes, et de dormir cinq à dix minutes… » Simple, non ? Dominique Platet n’a pas fini d’étonner…

Texte Christian Ragot
Photos Stephane Valembois