Une très grosse frustration

Pour la première fois team officiel BMW-Motorrad en Endurance, Tecmas a payé au prix fort les conséquences d’une chute de Matthieu Lussiana en début de course. Dans la difficulté et de multiples problèmes électriques et d’électroniques, avec une moto fragilisée, l’équipe n’a rien lâché pour terminer à la 28e  place.  

Le label d’officiel n’évite pas les embûches. L’écurie berruyère Tecmas-BMW Motorrad l’a appris à ses dépens lors cette 40e  édition des 24 Heures du Mans. Une édition menée à un train d’enfer, comme un Grand Prix de 24 heures, impitoyable pour les hommes et les machines. Mais il a suffi d’une chute de Matthieu Lussiana (voir notre édition  de dimanche), peu après la première heure de course, pour fragiliser et dérégler la belle S1000 RR n°9.

« Je ne cesse de le répéter. En endurance, il est impératif de ne pas chuter car les conséquences peuvent être catastrophiques. C’est une règle d’or » martèle Michel Augizeau. Au-delà des seize minutes perdues, soit près de douze tours, pour ramener la moto au stand et changer  le réservoir, les roues, le carénage, les commandes du guidon, les poignées de gaz entre autres choses, « c’est surtout les impacts résiduels qui nous ont coûté cher. » insiste le boss.

Remontés de la 53e à la 14e place…

D’autant plus frustrant que, de l’avis unanime des pilotes, la moto était fantastique, tant au plan de la puissance que de la tenue de route. Ce qui leur permit d’être compétitifs lors des qualifications et encore en début de course où Kenny Foray, au prix d’une belle passe d’armes avec De Puniet, Checa et Parkes, prit même le commandement à plusieurs reprises. Egalement lors de la folle remontada de samedi soir où la N°9 passa de la 53e à la 14e place ; Foray, Hedelin et Lussiana signant des chronos comparables à ceux des leaders. A deux heures du matin, le Top 10 était encore envisageable malgré la perte de 2’50’’ sur un petit problème de freins, peu avant 23 heures. C’est après que les vrais ennuis allaient apparaître…

Dans la courbe Dunlop, à très grande vitesse donc, Kenny Foray était victime d’une coupure moteur  (fusible claqué) qui aurait pu avoir de graves conséquences. « Une  panne imprévisible à laquelle la chute de Lussiana en début de course n’est sans doute pas étrangère. » pense Michel Augizeau. La même mésaventure survint, avec toujours Foray au guidon, trois heures plus tard, au chemin aux boeufs. « Mais cette fois, avec les ingénieurs allemands, on a réussi à détecter l’origine de ces coupures moteur. Le système de connexion, très complexe,  avait été malmené et rendu déficient. Il a fallu procéder au remplacement total du système électrique ce qui nous a pris beaucoup de temps et fait plonger au classement, jusqu’à la 39e place. Parallèlement, nous avons résolus nos ennuis,  récurrents depuis le début de week-end, de surchauffe des freins ; c’était déjà ça… »

 

On peut demander beaucoup à une moto d’usine, mais avec douceur. Car aussi pointue et performante soit-elle, elle peut également être fragile et délicate à gérer. Durant ces 24 Heures, d’autres problèmes ont handicapé le team berruyer. Notamment des  petites pannes qui ont parfois mis les pilotes en difficulté, parce que privés du confort apporté par le système anti-patinage ou le traction control par exemple.

« On a galéré mais on a aussi beaucoup appris… » Michel Augizeau

« On est bien conscient qu’il y a beaucoup de choses à revoir. Chez nous mais aussi chez BMW. On va débriefer tout ça avec les Allemands et voir ce qu’il convient de faire et ce qui peut être fait pour rendre la moto plus fiable» plaide Michel Augizeau. « Mais tout n’a pas été négatif. Je l’ai dit, la moto est fantastique en terme de puissance et de tenue de route. Concernant les problèmes de freins, c’est différent. On n’a pas pu les anticiper puisque le fournisseur ne nous a livré que quelques jours avant la course ; maintenant, on maîtrise. Si le résultat n’est pas à la hauteur de nos ambitions ni de celle de BMW Motorrad, nous avons néanmoins beaucoup appris et gagné en expérience. L’expérience, le vécu, c’est peut-être ce qui nous a le plus manqué. Sinon, je veux saluer le courage de toute l’équipe qui n’a rien lâché et qui a eu à cœur de terminer la course. Les pilotes également ont été au niveau. Je suis très satisfait de la performance de Camille Hedelin, en conformité avec le tableau de marche qu’on s’était fixé cet hiver. Kenny Foray a confirmé son statut de leader en étant l’égal des meilleurs et en animant le début de course.  Quant à Matthieu Luissana, je ne veux pas lui jeter la pierre après sa chute. Il n’a intégré l’équipe que très tard et n’a pas participé aux essais d’avant-saison en Espagne. C’est peut-être ce qui lui a manqué. Mais notre équipe a été homogène, facile à gérer, pleine d’intelligence et de sagesse ce qui, à mes yeux, est très important». Du pain sur la planche avant le Bol d’Or, les 16 et 17 octobre prochains sur le circuit Paul-Ricard au Castellet.

Christian Ragot - Correspondance

Photos Stéphane Valembois

Avec les pilotes Tecmas

Camille Hedelin :

« On a manqué de chance. On a eu beaucoup de problèmes, difficilement prévisibles. Jusqu’ici, en essais, en Espagne, au Portugal ou  au Mans, tout fonctionnait bien. En fait, nos ennuis ont commencé après la chute de Matthieu ; la moto a été fragilisée et les problèmes se sont enchaînés. Le résultat est décevant pour l’équipe car je pense sincèrement qu’on avait le potentiel pour finir dans le Top 5. En fait, on a manqué d’expérience, de vécu avec BMW Motorrad. L’exemple à suivre est celui du SERT. Cela fait plus de trente ans que Suzuki fait confiance au même team.  Les mécanos, le staff, les pilotes ne bossent que pour la course. Ils se connaissent par cœur et les résultats sont là puisqu’ils sont champions du monde quatre fois sur cinq ou presque. C’est la continuité qui paye. Tecmas débute seulement avec BMW et il n’est pas possible de gagner une course de 24 heures la première année ni même la deuxième. Maintenant, il faut espérer que BMW  comprenne qu’il faut être patient. On doit apprendre à travailler ensemble sur du long terme et il y a tout pour réussir chez Tecmas. Sur un plan personnel, malgré les galères, j’ai vécu un rêve. Michel Augizeau m’a offert l’opportunité d’être pilote officiel ;  une fierté. Je pense avoir fait ce qu’il faut pour lui rendre sa confiance. J’ai signé des chronos dont je ne me croyais pas capable et je n’ai pas eu le moindre problème en course. En clair, je me suis régalé au guidon d’une moto vraiment top… quand on n’a pas de problèmes » 

Matthieu Lussiana :

« J’ai fait une petite erreur en début de course ; ça peut arriver. Après, je n’ai plus commis la moindre faute de pilotage. J’ai été discipliné, rapide et constant. Je me suis juste un peu lâché lors du dernier relais où j’étais même plus rapide que les deux Yamaha de tête.  Mais l’endurance, c’est spécial. On  peut avoir la meilleure moto, les bons pilotes, le meilleur staff technique, on n’est jamais à l’abri des problèmes. C’est ce qui s’est produit. Personnellement, j’ai pris beaucoup de plaisir sur cette moto facile à piloter. J’avais une petite appréhension quant à la fourche (le train avant, Ndlr) mais là, le ressenti était parfait. Finir les 24 heures, pour moi qui a manqué de préparation hivernale, c’est une première étape. Ce qui est frustrant, c’est qu’on  pouvait encore viser le Top 10 avant nos déboires du milieu de la nuit alors qu’on était revenu à la 14e place. Le Bol d’Or ? J’aimerais beaucoup rester avec Tecmas mais la réponse appartient à Michel Augizeau…

Kenny Foray :

« Franchement, et ce n’est pas ma première course de 24 heures, je n’ai jamais connu autant de galères que cette fois… Dire que c’était prévisible, je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il faut du temps pour que la mayonnaise prenne entre un team et un constructeur, mais du temps, on ne nous en donne pas forcément tellement les attentes sont élevées… Cette moto est vraiment top et l'équipe Tecmas est bien structurée. On a surtout manqué d’expérience, de vécu commun. En endurance, l’expérience, c’est primordial. Le plus important pour BMW serait de garder le même team le plus longtemps possible. En changeant tous les deux ans, les problèmes reviennent systématiquement et ne sont, au final, jamais résolus. Il y a du potentiel mais il faut laisser du temps au temps ; en s’engageant par exemple sur un plan de cinq ans, pas de deux ans. Et Tecmas est capable de répondre à cette attente ».