« Le podium était à notre portée… »

Alors qu’elle occupait la 3e place depuis 1 heure du matin, l’écurie berruyère Tecmas-BMW a été stoppée net dans sa quête du podium peu avant six heures du matin sur une casse moteur. Comme au Bol d’Or. Rageant !

5h45 dimanche matin. Le speaker du circuit hurle dans son micro : « La BMW n°9 est arrêtée, fumante, au niveau de la chicane Dunlop… ». Une chape de plomb s’abat sur le stand Tecmas. D’aucuns imaginent déjà revivre le cauchemar du Bol d’Or 2017 où, à peu près au même moment de la course, aux alentours de la 15e heure, et dans les mêmes conditions, en bout de ligne droite, avec le même pilote en selle, Julien Da Costa, le moteur de la S1000 RR avait rendu l’âme. Sauf que cette fois, la BMW n°9 était encore mieux placée encore puisque, depuis 1 heure du matin, elle était solidement ancrée à la 3e place (5e au Paul-Ricard), derrière la Yamaha du GMT 94 et la moto officielle n°5 de Honda France. Avec un podium en ligne de mire donc, une première place symbolique au classement des BMW (6 au départ de cette 40e édition des 24 Heures du Mans) et enfin, preuve du potentiel et du professionnalisme du team de Michel Augizeau, le leadership des écuries « privées ».

Le potentiel est bel et bien là !

Une nouvelle casse donc, aussi inexplicable qu’inexpliquée. De quoi effectivement s’interroger. Et de céder au découragement. Ce à quoi Michel Augizeau se refuse : « Avant toute chose, il faut féliciter toute l’équipe pour l’énorme travail effectué jusqu’ici, qui a permis de traiter d’égal à égal avec les écuries officielles. Depuis le début, on sait que le potentiel est là mais il ne se passe rien au niveau des résultats. A croire que nous sommes maudits… Ne pas pouvoir récolter les fruits de ce travail, c’est le plus rageant. Les pilotes n’ont pas commis la moindre faute ; ni chute, ni surrégime et ont fait preuve d’une grande régularité tout en conservant un rythme élevé dans des conditions de course très difficiles, notamment à cause de la chaleur. Par ailleurs, les arrêts au stand ont été correctement gérés et à part une usure des plaquettes plus rapide que prévu, tout a parfaitement fonctionné » souligne le boss. « D’où cette énorme frustration, ces regrets aussi, qui nous accablent maintenant alors que le podium était à portée puisque nous avions deux tours d’avance sur le 4e … »

Un avis partagé par les pilotes qui se sont constamment maintenus à la 3e  place de 1 heure jusqu’à presque 6 heures du matin. Julien Da Costa essayait ainsi de positiver : «  Avant cette casse moteur, nous avons beaucoup apprécié le début de course et montré que nous pouvons nous battre pour les meilleures places. C’est aussi ce qu’il faut retenir ». David Perret, qui a signé des chronos étonnants, n’avait fait qu’approuver en affirmant, juste avant de passer le relais à Julien Da Costa : « En continuant dans notre stratégie, nous pourrons rouler face aux écuries officielles et viser le podium. J’y crois… ».

Oui mais voilà ! Le moteur de la « Béhème » en a décidé autrement. Aujourd’hui, dans le camp de Tecmas, on s’interroge. En raison de conditions de course très favorable et la présence d’une dizaine d’anciens pilotes de Grand Prix, le rythme a été très élevé. Trop pour une course de 24 Heures ? Possible. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui l’ont payé cher, y compris parmi les teams officiels, sous forme de chutes ou de problèmes mécaniques. C’est le cas de la 48 de Kenny Foray, du Yart, contraintes rapidement à l’abandon. Chez SRC ou au GMT 94, chacun a aussi son lot de malheurs, petits et grands. « Mais c’est le rythme de la course qui veut ça, coupe Michel Augizeau. Nos pilotes ont régulièrement tourné en 1’38’’ / 1’39’’. C’est très rapide, certes, mais ils ne sont jamais allés à la limite. Et puis, si on veut viser le podium, il faut bien rester dans le rythme. Ou alors, on se contente de faire de la figuration… ». En fait, pour Tecmas et BMW, la bonne question est : comment résoudre ce problème de fiabilité d’ici le Bol d’Or. « Le Bol, nous n’en sommes pas encore là, coupe le team-manager. Il va déjà falloir faire le bilan de ces 24 Heures du Mans. Au plan technique comme financier. Dans l’immédiat, place au championnat de France de Superbike dès le week-end prochain à Nogaro où, avec Kenny Foray, nous avons un titre à défendre… ».

Christian Ragot - Correspondance spéciale

Stephane Valembois - Photos