Enorme frustration pour Tecmas-BMW

Pas de bol au Castellet pour Tecmas-BMW et ses pilotes, Kenny Foray, Julien Da Costa et Camille Hédelin, victimes d’une incompréhensible casse moteur à 6 heures du matin alors qu’ils pointaient en 6e position au classement général, top 5 en vue. D’autant plus frustrant que trois BMW ont terminé dans le Top 5, toutes dominées à la régulière par Tecmas jusqu’à cette fichue casse…

« Tout ça pour ça… Tant d’énergie, tant d’engagement, tant d’efforts pour rien. C’est frustrant ». Sous la tente Tecmas, devant un café, Kenny Foray, Julien Da Costa et Camille Hédelin ont du mal à cacher leur déception. Romain La Monica, l’ingénieur Tecmas, et le chef mécanicien, Guillaume Poitevin, ont du mal à refaire surface. «  Cette casse moteur, c’est incompréhensible. D’autant qu’il n’y a pas eu la moindre alerte de ce côté-là… » explique Romain La Monica. Julien Da Costa, au guidon de la S1000 RR n°9 au moment de la casse, acquiesce.

Il est 5h57 très précisément lorsque Da Costa, alors pointé en 6e position, s’arrête au bout de la ligne droite du Mistral. Moins d’un quart d’heure plus tard, la moto revient au stand…  sur la dépanneuse. Diagnostic : casse moteur. Michel Augizeau annonce le retrait officiel de la n°9. Terminé ! Rideau, tout comme l’an passé. Même cause, même effet et au même moment à une demi-heure près.

Une casse moteur incompréhensible

Tout ça pour ça, en effet… On avait laissé l’écurie berruyère, la veille, solidement installée à la 5e place (voir notre édition de dimanche). Un top 5 qui était l’objectif avoué de Tecmas, de BMW et des trois pilotes. Si la confiance était de mise, le boss avait cependant prévenu : « La course est encore longue et la nuit peut réserver son lot de surprises, bonnes ou mauvaises. On fera le point au petit matin… ». Une mise en garde prémonitoire puisqu’au lever du jour, le moteur de la « béhème » rendait l’âme.

Les dirigeants allemands, qui avaient conseillé et fourni ce moteur spécialement adapté pour le Bol d’Or, étaient les premiers déçus, n’hésitant pas à prendre la responsabilité de cette casse pour le moins incompréhensible. Avec ce nouveau moteur, BMW avait voulu privilégier la fiabilité à la performance, quitte à rendre une demi-seconde au tour aux  Honda, Kawasaki, Yamaha et Suzuki officielles. Hélas, côté fiabilité, pour Tecmas, c’est raté ; les pilotes n’ayant pas commis la moindre faute, le moindre petit surrégime.

« Tout avait bien fonctionné jusqu’ici, même si nous avions perdu une bonne minute sur les autres BMW lors de deux interventions de la safety-car. Plus quelques précieuses secondes lors des arrêts au stand. Dans la plupart des cas pour des petits détails, une hésitation entre un pilote et le staff pour un changement de roue, un brassard égaré obligeant à décaler la stratégie des arrêts, un problème de béquille… Rien de grave cependant » analyse Michel Augizeau.  Des secondes perdues qui sont aussi la preuve que le team doit encore gagner en expérience.  « Mais nous restions parfaitement dans une stratégie de course sécuritaire,  avec des pilotes très disciplinés, à l’affût d’une défaillance des top-teams pour asseoir notre position… » ajoute Romain La Monica.

La frustration, on la comprend. Car pour une première participation au Bol d’Or en tant qu’écurie officielle, Tecmas avait  mis tous les atouts de son côté pour être à l’arrivée. En alignant un trio de pilotes de haut niveau avec deux ex-champions du monde en Endurance (Kenny Foray et Da Costa) et un troisième (Hédelin) chargé de développement chez BMW et très fiable. Plus une nouvelle moto « et ce nouveau moteur que l’on n’a reçu que mardi dernier, au Castellet. On a manqué de temps pour tout valider. S’il n’y a rien de révolutionnaire au niveau du châssis, on n’a aucune certitude en revanche quant à la fiabilité du nouveau moteur, ni sur l’électronique ; nous n’avons pas vraiment la connaissance de tous ces nouveaux éléments… » s’inquiétait encore Michel Augizeau en pré-grille.  

Trois BMW dans le Top 5…

Des craintes malheureusement justifiées. Casser un moteur, ça peut arriver (une vingtaine en tout ce week-end), y compris aux meilleurs et aux plus expérimentés (§ Kawasaki et De Puniet, auteurs de la pole position, qui ont cassé après 35 minutes de course…). L’important, maintenant, est de retenir la leçon. Après Le Mans, Tecmas avait beaucoup appris ; après le Bol, l’équipe va se remettre au travail pour gagner en expérience et en efficacité. Mais ce qui manque le plus, ce sont les moyens financiers. Et là, on est loin des budgets du GMT94, Honda, du SERT ou du SRC Kawasaki qui règnent sur le monde de l’endurance avec des hauts et des bas. Pour progresser et se rapprocher des ténors de la discipline, il faudrait  disputer davantage de courses, en participant au Mondial par exemple. Ou au moins organiser une ou deux simulations de 24 heures durant l’année. Donc trouver de nouvelles ressources financières. La balle est dans le camp de BMW qui a prouvé, au Bol, en plaçant trois motos dans le top 5 (2e, 4e et 5e) qu’il pouvait déjà rivaliser avec les meilleurs. Pour le constructeur allemand, le bilan du Bol est excellent, sauf pour Tecmas, sans pour autant que l’écurie berruyère soit fautive en quoi que ce soit. Sur la deuxième marche du podium derrière l’inusable GMT94, le team allemand du Penz 13 avait pourtant été tenue à la régulière par Tecmas jusqu’à la casse moteur sur la n°9…  On est sans doute passé, côté berruyer, tout près de quelque chose d’énorme ! Comme quoi, en endurance, il faut aussi compter avec la réussite… Ou la poisse ! Et parmi les poissards, Tecmas est arrivé dans le peloton de tête au même titre que le SRC (casse moteur), le Yart (chute), le TSR (chute) et  le SERT (problèmes mécaniques et d’électronique sur une nouvelle moto).

Christian Ragot - Correspondance

Stephane Valembois