Camille Hedelin croit au podium

Pour la première fois pilote officiel, à 37 ans, Camille Hedelin voit bien l’écurie berruyère Tecmas-BMW terminer dans le Top 5, voire même sur le podium au terme des 24 Heures du Mans, ce dimanche 16 avril.

Le travail et la compétence sont toujours récompensés. Camille Hedelin, à 37 ans, en a eu la plus belle des preuves en étant appelé par Michel Augizeau pour disputer les 24 Heures du Mans en tant que pilote officiel en EWC pour Tecmas-BMW près de Kenny Foray, Lukas Trautmann (ou Matthieu Lussiana). Des quatre pilotes, Camille sait qu’il est intrinsèquement le moins rapide mais grâce à sa régularité, son expérience des courses d’endurance, sa parfaite connaissance de la BMW S1000 RR et sa capacité à maintenir un rythme élevé sous la pluie en fait, pour le boss Michel Augizeau, un pilote incontournable au sein du team Tecmas, plus que jamais en quête du podium aux 24 Heures du Mans. Rencontre avec un pilote bien dans son cuir et sous son casque.

« Camille, avant toute chose, comment va la santé (Hedelin avait chuté lors des Pré-tests officiels au Mans) ?

« Je me remets doucement.  Je me suis fêlé une côte et c’est toujours un peu douloureux. Et la petite entorse au poignet n’est presque plus qu’un mauvais souvenir. Avec un bon strapping, je serai à cent pour cent pour les qualifs et pour la course.

« Pas mieux, pour moi, que d’être officiel BMW… »

« Devenir pilote officiel à 37 ans, ça fait quel effet ?

« Mieux vaut tard que jamais non ? J’ai d’abord ressenti un vif plaisir. Puis une grande fierté.  Depuis 2004, je travaille au centre d’essais BMW à Miramas où je suis chargé, au quotidien, du développement moto. Mais je ne suis pas non plus un novice. J’ai débuté par le Supermotard, de 2001 à 2006. Puis je me suis essayé à la vitesse en Protwin avant d’opter pour l’endurance en Superstock. Mais c’est surtout Tecmas qui, pour la première fois, en 2015, m’a offert des conditions de travail que je n’avais jamais eues auparavant. Avec Platet et Rambure nous avions pris la 5e place scratch et la 3e en EWC aux 24 Heures de Barcelone. Après il y a eu le Bol d’Or puis les 24 Heures du Mans. Et encore le Bol… Aujourd’hui, être officiel BMW avec Tecmas, c’est ce qu’il pouvait y avoir de mieux pour moi.

« La différence est-elle vraiment importante entre une moto officielle et une version client ?

« Déjà il y a un bien meilleur moteur. L’apport direct des ingénieurs allemands est un plus. L’électronique est pourtant identique, contrairement au Superbike. En fait, tout est plus efficace et surtout, sur la moto, les pilotes ont un meilleur feeling. Donc, ça va forcément plus vite. Cela s’est vu lors des Pré-test au Mans où on a signé le 4e chrono.

« Kenny Foray m’aide à progresser… »

« Quel jugement portes-tu sur l’équipe Tecmas ?

« Lukas Trautmann est un très jeune pilote, très rapide, qui doit cependant intégrer que l’endurance est d’abord une course en équipe. Je ne connais pas encore Matthieu Lussiana mais j’ai vu qu’en FSBK, il était toujours très rapide. Mais en endurance, la vitesse ne fait pas tout. Et il y a Kenny Foray. Alors lui, c’est un top pilote. Très rapide, avec une grande expérience de l’endurance. Nous avons la même approche et nous discutons beaucoup ensemble. C’est un garçon qui a un très bon état d’esprit qui m’apporte beaucoup, qui me conseille et m’aide à progresser. J’ai beaucoup à apprendre de Kenny. Le reste de l’équipe ? Michel Augizeau m’a donné ma chance et je l’en remercie. C’est un  passionné qui sent la course.  Sinon, à l’image de Romain (La Monica) et de Guillaume (Poitevin), l’équipe technique fait vraiment un bon boulot. Ils sont très efficaces et de mon côté, pour avoir travaillé au développement de la moto, j’essaie de faire remonter le maximum d’informations. Sur ce qu’on a vu aux Pré-tests, c’est plutôt positif… même s’il y a encore du travail et des réglages à peaufiner.

« As-tu un rôle bien précis au sein de l’équipe ?

 « Tout le monde sait que je suis le moins rapide. Mon objectif, c’est d’être  à moins d’une seconde des autres. C’est ce que j’ai réussi à faire en Pré-tests mais je sais que je dois encore progresser dans ce domaine. Michel Augizeau dit que je suis la force tranquille de l’équipe. Cela me plaît bien. Cela sous-entend que je peux assurer… Je sais aussi qu’en cas de conditions difficiles, sous la pluie, il n’hésitera pas à me faire totalement confiance. Je suis endurant et régulier ; je l’ai prouvé lors du dernier Bol d’Or. Je peux aussi être performant sur le mouillé ; sur une course de 24 heures, ça peut aider à faire la différence… Je suis un pilote d’endurance type.

«Gagner la confiance de nos partenaires… »

« Y-a-t-il une stratégie de course bien définie ?

« Le but premier, c’est d’être à l’arrivée. Avec un bon résultat à la clé. Au minimum un top 5 et pourquoi pas un podium. Nous voulons prouver à BMW que nous savons gérer une course et  être présents lors des grands rendez-vous. Il est essentiel, pour Tecmas, de gagner la confiance de nos partenaires avant de prendre des risques l’année prochaine. Il faut travailler dans la continuité…

« D’abord assurer donc, sachant que sans casse mécanique ou sortie de piste, c’est presque le top 5 assuré et que l’objectif serait atteint. Quels sont vos favoris ?

« Tous les teams officiels peuvent prétendre à la victoire, y compris nous. Après, il y a les aléas de course que personne ne maîtrise vraiment. Le YART (Yamaha) a dominé les Pré-Tests et est très performant. Le SERT (Suzuki) sera forcément là, mais aussi Kawasaki avec un super équipage (Gines, De Puniet, Da Costa). Le GMT 94 sera, comme d’habitude, difficile à battre  et si la Honda officielle est peut-être un peu moins performante, elle dispose en revanche de top pilotes. Toutes ces équipes ont plus de vécu, d’expérience à ce niveau que Tecmas, qui est officiel pour la première fois. Mais on a tous les atouts pour se hisser à leur niveau. On a par exemple eu un très bon feeling avec les Pirelli lors des essais effectués à Portimao. Au niveau de la confiance, c’est important. Non, franchement, si on ne va pas à la faute, sur la valeur intrinsèque de l’équipe et de la moto, on peut aller chercher le podium. Quelques teams privés, spécialistes de l’endurance, peuvent aussi viser le Top 5».

Christian Ragot - Correspondance

Photos Stéphane Valembois