Bonne entrée en Mondial d’Endurance

Voilà une 83e édition du Bol d’Or dont on se souviendra longtemps. En cause, des conditions météo parfois dantesques, avec des rafales de pluie et de vent propres à désarçonner les pilotes les plus téméraires.  Dangereux. Trop dangereux. Les chutes se multipliant, la direction de course sortit le drapeau rouge à 17 h 43 avant de suspendre la course à 18 heures. Il faut remonter à 1996 pour trouver trace d’un fait de « non-course » semblable sur le circuit Paul-Ricard. Dans un premier temps, les motos étaient placées en parc fermé «  au moins jusqu’à 21 heures ». Mais comme la piste n’arrivait pas à évacuer l’eau, sagement, les organisateurs décidèrent que la course ne repartirait qu’à 6 heures le dimanche. Soit une interruption de 12 heures !

6e avant la suspension de la course

A cet instant, l’écurie berruyère Tecmas-BMW-GMC occupait la 6e place, derrière quatre motos d’usine et la Yamaha privée du team polonais, Wojcik Racing. Plus surprenant encore, l’équipe de Michel Augizeau devançait la BMW n°37 (avec Kenny Foray, Mikahlchik et Puffe), la seule soutenue officiellement par le constructeur allemand, et la n°6 du team ERC (avec Gines, Rossi et Da Costa) aux moyens incomparables avec ceux de Tecmas. Bien aidés par des pneus Michelin efficaces sous la pluie, Camille Hédelin, David Perret et Alexis Masbou, avaient fait un sans-faute, évitant notamment les pièges de l’aquaplaning. Mieux, peu après la première heure de course, par le jeu des ravitaillements, la Tecmas n°9 occupa même un très court instant le haut du classement. Historique !

Au redémarrage de l’épreuve, tous les espoirs de bien figurer étaient permis. Dommage que lors d’un relais délicat pour Alexis Masbou, sur une piste ni sèche ni franchement mouillée, peu après 8 heures, la n°9 ait perdu l’équivalent d’un tour et demi. « Nous n’avions pas de gommes intermédiaires. Nous avions opté pour des slicks pourtant bien adaptés à ces conditions de piste mais cela nous a quand même coûté un peu de temps. Mais ce n’est pas la seule raison. Nous avons aussi été retardés, au même moment, par la sortie de la safety-car alors qu’on venait juste de ravitailler. Puis par un problème électronique engendrant une perte du "traction control" ce qui, sur une piste humide par endroit, rendit la tâche du pilote très délicate » regrettait-on chez Tecmas. Et voilà comment, à 9 heures du matin, la n°9 avait plongé à la 10e place au classement. Sans ça, qui sait même si un top 5 n’aurait pas été envisageable ?

La tête de course anéantie

Car à 9h13 très précisément, la tête de course fut littéralement décapitée. Victime d’une casse moteur alors que Di Meglio était en selle, la Honda officielle, victorieuse en 2018, répandit de l'huile sur la piste dans le double droit du Beausset… Au guidon de la Yart, Loris Baz, surpris, perdit soudain toute adhérence et vint s’encastrer dans les tas de pneus, entraînant dans sa folle cabriole la Kawasaki championne du monde pilotée par Erwan Nigon. Le choc fut d’une grande violence. La Kawa, qui venait juste de ravitailler s’embrasait et était détruite en quelques minutes alors que la Yamaha était, elle aussi, inutilisable. Un miracle que les pilotes n’aient pas été blessés.

Trois des favoris out, c’était la porte ouverte vers la victoire pour la Suzuki officielle du SERT et son charismatique leader Vincent Philippe (9e victoire au Bol, record absolu), devant le surprenant Wojcik Racing Team alors que les deux BMW de pointe terminaient la course façon Moto GP pour la conquête de la 3e place. Déchaîné, le champion de France de Superbike 2019 avec Tecmas, Mathieu Gines, avait le dernier mot, en signant en outre le record du tour en course (1’55’’142)…. Avant d’avoir la très désagréable surprise d’être déclassé par le jury des commissaires de la FIM pour « non-conformité de la capacité du réservoir d’essence ». Un gaffe du staff de l’ERC qui a fait le bonheur de la machine officielle et de Kenny Foray, reclassés troisièmes, et de Tecmas-BMW-GMC, huitième.  

Un bel encouragement

Dans ce contexte, cette 8e place (7e en EWC) est un bel encouragement. « On aurait pu espérer mieux mais les aléas de course ne nous ont pas avantagés. On était venus pour disputer une course de 24 heures, pas de 12  mais il faut reconnaître que la direction a pris la bonne décision, en pensant d’abord à la sécurité des pilotes! Là, on a subi les événements, à notre désavantage. Par exemple, sur la panne d’électronique, sur une course plus longue, on aurait cherché à réparer. Là, c’était impossible. Heureusement, l’absence de traction-control fut moins pénalisante sur une piste qui s’était asséchée. Ces trois dernières années, nous n’avions jamais terminé. Là, nous avons quand même été constants durant toute la course.  Les Michelin, sur le sec, comme sur le mouillé ont été excellents… » analysait Michel Augizeau. Un avis partagé par les pilotes qui avaient, eux aussi, envisagé un meilleur classement final. «C’est vrai que les aléas de course ont joué contre nous. Il y a eu aussi une panne d’essence qui m’a fait perdre une quarantaine de seconde et la 7e place en fin de course. Mais on y a vraiment cru quand on pointait en 4e position… » soufflait David Perret.

 Il n’empêche, un Top 10, pour entamer le championnat du monde, c’est bien. D’autant que le team a  marqué des points à chaque classement intermédiaire  « Toute l’équipe a fait un job fantastique et les pilotes ont su rester sur la piste malgré des conditions parfois dantesques ; ça reste le meilleur moyen pour terminer une course en endurance » ajoutait le boss avant de penser déjà aux 8 heures de Sepang, en Malaisie, où se déroulera la deuxième manche du Mondial, le 14 décembre : «  Les motos et tout le matériels doivent être partis pour le 25 octobre ; ça laisse peu de temps pour se retourner. Avec quels pilotes ? Rien n’est encore arrêté. Pour l’instant, on discute… ».

Christian Ragot