Bilan des 24 heures motos

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Tecmas a retrouvé la confiance en début de course

Sur le paddock, l’écurie berruyère Tecmas-Mersen-GMC a remporté la palme de la malchance à l’issue des essais et des qualifications des 24 Heures du Mans. 

Plusieurs chutes ruinèrent le moral des troupes d’Arnaud Sassone, la plus grave affectant David Perret, le plus rapide du trio de pilotes Tecmas. Une grosse sortie de piste à l’attaque de la courbe Dunlop, à plus de 200 km/h avec, à la clé, la destruction totale de la moto. Le mulet en la circonstance, ce qui était un moindre mal au plan mécanique. Choqué, David Perret aurait peut-être quand même reçu le feu vert du service médical, hier matin, pour prendre le départ de la course mais en voyant sa blessure, une grosse plaie allant de la hanche au genou, Michel Augizeau a préféré, dès vendredi soir et en accord avec Arnaud Sassone, mettre un plan B en place. «Il aurait souffert le martyre et n’aurait pas pu piloter à son véritable niveau... » 

Marc Moser en joker 

Un plan B qui avait pour nom Marc Moser. En la circonstance, le team-manager de Tecmas a fait jouer son relationnel ; M. Reinhardt, le boss de l’écurie ERC Endurance-Ducati Proskaro, acceptant de mettre à la disposition du team berruyer son quatrième pilote... qui aurait bien sûr été récupéré au dernier moment en cas de problème d’un de ses pilotes titulaires lors du warm-up. Séduit par l’idée de piloter plutôt que de suivre la course depuis les stands, le pilote allemand, issu du World Superstock 1000 et de l’IDM Superbike, s’investit alors sans retenue. 

Partie de la 28e place sur la grille, la BMW S1000 RR n°9 fit dans la discrétion en début de course. Un petit problème d’électronique, à la fin du premier relais de Camille Hédelin, la vit même plonger au-delà de la 40° place. Mais au fil des tours, et malgré trois interventions de la safety-car entraînant une interruption totale de la course de près d’une heure, les pilotes gagnaient en confiance... et des places au classement. Ce qui n’était pourtant pas évident, notamment pour Moser qui découvrait la BMW mais aussi les pneus Michelin. Si bien qu’après la cinquième heure de course (à 20 heures), la n°9 pointait au 22e rang. « L’objectif, c’est d’être à l’arrivée et pour cela, il faut rester sur la piste. La moto va bien, les pilotes sont en confiance et devraient pouvoir aller un peu plus vite sans pour autant prendre des risques inconsidérés et trop tirer sur la mécanique. Après, il y a les aléas de course qui ne se maîtrisent pas comme ce boulon ramassé sur la piste qui a percé le radiateur de la BMW officielle, alors deuxième, entraînant son retrait définitif... » argumentait Michel Augizeau au moment où Maxime Bonnot prenait son relais sous un soleil rasant. 

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Christian ragot

Tecmas a baissé le rideau à 7h44

7 h 44 dimanche matin. Michel Augizeau, le team manager de l’écurie Tecmas- Mersen-GMC vient de signer la feuille d’abandon. Pour la BMW S1000 RR n°9, c’est fini ! Les retrouvailles de l’écurie berruyère n’auront pas été celles espérées. 

La première victoire en endurance c’est d’abord de terminer la course. » C’est une phrase que l’on entend régulièrement sur les paddocks. C’était aussi la consigne donnée aux pilotes par Michel Augizeau et le nouveau propriétaire du team, Arnaud Sassone : rester sur la piste pour être à l’arrivée. La course en a décidé autrement. « C’est décevant mais les choses étaient mal engagées dès les premiers essais, constate le team manager. Il y a eu les chutes, notamment celle de David Perret qui a nous a obligés à changer notre équipe de pilotes au tout dernier moment. Et alors que la confiance était revenue au fil des relais, les choses se sont accélérées dans le mauvais sens à la tombée de la nuit. »

La n°9 était 21e , son meilleur classement, quand Camille Hédelin chutait. Il était 21 h50. « Après une chute, la direction de course avait agité le drapeau jaune, le temps de nettoyer la piste, explique Arnaud Sassone. Au drapeau vert, elle avait été mal nettoyée. Camille a roulé sur des débris qui ont percé le radiateur avant de chuter lourdement à cause de l’eau échappée du radiateur. » Hédelin repartait à toute petite vitesse pour ramener la moto au stand. Bien sonné, le dos en vrac, le pilote varois préférait ne pas repartir tout de suite pour prendre un peu de repos. Beaucoup de temps était perdu au stand pour tout vérifier et quand la n°9 reprenait la piste, elle avait plongé à la 30e place. «Le reste de la nuit a été une suite de petits problèmes électriques..., maugrée Michel Augizeau. À chaque fois, on perdait quatre à cinq places, on remontait, et ça recommençait. » Peu après le lever du soleil, la n°9 rentrait une nouvelle fois au stand. Diagnostic : casse d’une dent du pignon de boîte de vitesses. 

Bonnot a excellé.

« On occupait la 31e place, poursuit le team manager. On aurait pu continuer comme ça mais avec le risque que d’autres dents cassent et que la boîte se bloque. Cela aurait pu être très dangereux pour le pilote. On a pris la décision d’arrêter... » Il était 7h44 dimanche matin ! « On a pensé réparer pour finir mais cela aurait pris trop de temps et on n’aurait pas été classé car arrivé hors délais », ajoute Arnaud Sassone. 

Dans le stand, les mines étaient déconfites et les paupières lourdes à l’heure de dresser un premier bilan. Qu’est-ce qui n’a pas marché? «Un peu tout ! Mais je refuse de parler de malchance... », coupe Michel Augizeau. Tout n’a pas été négatif. « Maxime Bonnot a excellé, abonde-t-il. Il a été le plus rapide et s’est montré régulier. Après deux années où il n’a que très peu couru, il retrouve un très bon rythme. C’est de bon augure pour la suite. Quant à notre joker, Marc Moser, il a fait le job. La suite de la saison ? Il est trop tôt pour en parler et la décision appartient à Arnaud. » 

Arnaud Sassone, justement, refusait de tirer des plans sur la comète : « Il faut prendre le temps d’analyser tout ça. Déjà, il faudrait que le chat noir nous lâche un peu... Je reste persuadé que nous étions prêts comme jamais mais le niveau de l’EWC (Endurance World Championship) est si relevé qu’il n’est peut-être pas fait pour nous. Malgré le soutien de nos partenaires, nous n’avons pas les moyens d’y figurer dans de bonnes conditions. On a envie de continuer en Endurance ; on a très envie d’être au Bol d’Or en septembre, mais ça ne dépend pas que de nous. Il faut trouver de nouvelles ressources financières dans un contexte économico- politique incertain. Il n’est pas question d’envoyer Tecmas au casse-pipe. La priorité, c’est le Superbike où nous représentons BMW et Michelin. » 

Texte : Christian Ragot
Photos : Stéphane Valembois